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De la performance à l’excellence

Publié par Mouahé Régis KONAN

Pendant cinq ans, Jim Collins et son équipe de chercheurs se sont attelés à comprendre pourquoi certaines entreprises, affichant des performances plutôt moyennes, décollent soudain pour rejoindre le peloton de tête. Et les conclusions sont intéressantes.

Onze entreprises, retenues pour leurs performances boursières très supérieures à celles de leur secteur, ont été comparées à leurs concurrentes. Et l’on peut dire qu’avec un personnel discipliné, une pensée disciplinée et une action disciplinée, elles ont pu atteindre l’excellence. Concrètement ?

 

1. Leadership de niveau 5

Toutes les entreprises excellentes possèdent un encadrement de niveau 5 pendant les années de transition. Les patrons de niveau 5 ont deux facettes : une volonté sur le plan professionnel et une humilité sur le plan personnel. Ils sont modestes, effacés et discrets. Ils agissent avec une détermination calme et tranquille, motivés par leurs principes et non leur charisme. Ils montrent une résolution sans faille à faire ce qui doit être fait pour produire les meilleurs résultats à long terme, quelles que soient les difficultés. Ils canalisent leur ambition pour l’entreprise et non pour eux-mêmes, placent des successeurs en vue de la réussite future de l’entreprise. Ils regardent par la fenêtre, et non dans le miroir, pour attribuer le mérite de la réussite de l’entreprise à d’autres que eux, à des facteurs externes ou à la chance.

« Les dirigeants de niveau 5 sont infectés par un virus invincible, l’exigence de résultats. Ils vendront les usines ou licencieront leur frère, s’il faut en arriver là pour que l’entreprise atteigne l’excellence. » Page 31

 

2. D’abord qui… ensuite quoi

Les leaders de l’excellence ont commencé par recruter l’équipage adéquat à bord du bus – en faisant descendre les collaborateurs inutiles – et n’ont élaboré leur trajectoire qu’ensuite. Le « qui » vient avant le « quoi », avant la vision, la stratégie, la structure de l’entreprise, la tactique. Trois disciplines permettent d’être rigoureux dans les décisions touchant à l’humain : (1) En cas de doute, ne pas recruter et observer. Une entreprise devrait limiter sa croissance à sa capacité d’absorption de personnes adéquates. (2) Lorsque vous êtes sûr qu’il faut changer de personne, faites-le. Assurez-vous tout d’abord que vous ne l’avez pas placé au mauvais poste. (3) Placer les meilleurs face aux meilleurs opportunités, pas face aux pires problèmes. Si vous voulez vous débarrasser de vos problèmes, n’en chargez pas vos meilleurs éléments.

Les équipes de direction d’entreprises excellentes sont composées de gens qui débattent avec vigueur à la recherche des meilleures réponses, mais qui cependant se rangent aux décisions, quel que soit leur intérêt personnel.

« Six des onze entreprise excellentes n’ont enregistré aucun licenciement au cours des dix dernières années précédant la percée en 1998, et quatre n’en ont enregistré qu’un ou deux. » Page 54

 

3. Affronter la brutalité des faits (sans pour autant perdre la foi)

Toutes les entreprises excellentes ont commencé leur cheminement vers l’excellence en affrontant la réalité. Si l’on commence à déterminer sa situation exacte avec honnêteté et application, les décisions à prendre s’imposent d’elles-mêmes. L’une des premières tâches de l’accession à l’excellence est de créer un environnement d’écoute afin que la vérité finisse par être entendue. La création de ce climat d’écoute passe par quatre facteurs : (1) diriger avec des questions, pas avec des réponses. (2) Engager le dialogue et débattre sans coercition. (3) Mener l’autopsie sans faire de reproches. (4) Créer des mécanismes d’alerte afin que l’information ne puisse être ignorée. Ajoutez à cela le paradoxe de Stockdale : garder confiance quant à ses capacités à gagner, quelles que soient les difficultés ET en même temps, Faire face à la plus brutale des réalités, quelle qu’elle soit.

« Il n’y a rien de mal à aspirer à l’excellence. Après tout, les entreprises qui ont franchi le pas de l’excellence ont bien eu un point de départ. Mais, à la différence des entreprises de comparaison, elles n’ont cessé de réorienter leur itinéraire vers l’excellence en fonction de la réalité. » Page 72

 

4. Le concept du hérisson (la simplicité à l’intérieur des trois cercles)

La formule de l’excellence peut être écrite de la manière suivante. Excellence = Etre Passionné + Etre le Meilleur + Etre Rentable.

Le concept du hérisson est un concept simple qui découle d’une compréhension profonde de l’intersection des trois éléments de la formule de l’excellence qui caractérisent les entreprises excellentes. Ces trois éléments sont indissociables. Pour que votre entreprise devienne excellente, il vous faut trouver le domaine dans lequel vous êtes passionné, rentable et le meilleur. C’est un processus itératif qui demande de la lucidité. Certaines entreprises ont mis quatre ans pour définir leur concept du hérisson.

 

5. Une culture de la discipline

Maintenir des résultats excellents dépend de la présence d’un environnement où des gens autodisciplinés entreprennent des actions disciplinées en totale adhésion avec les trois cercles. Les cultures bureaucratiques compensent l’incompétence et le manque de discipline résultant du recrutement d’un mauvais équipage. L’apport d’un personnel adéquat en remplacement du mauvais rend inutile une bureaucratie étouffante.

Une culture de la discipline ne se limite pas aux actions. Il s’agit avant tout de recruter des personnes disciplinées qui s’engageront dans une réflexion disciplinée puis entreprendront une action disciplinée.

« Toutes les entreprises ont une culture, certaines ont une discipline, mais peu d'entre elles possèdent une culture de la discipline. Avec un personnel discipliné, vous n'avez nul besoin de hiérarchie. Avec une pensée disciplinée, on peut se passer de bureaucratie. Avec une action disciplinée, les contrôles excessifs sont inutiles. En ajoutant une culture de la discipline à une éthique d'entrepreneur, on obtient l'alchimie magique de l'extrême performance. » Page 13-14

 

6. Des catalyseurs technologiques

La technologie ne peut pas transformer une entreprise performante en entreprise excellente, de même qu’elle ne peut pas empêcher un désastre. Les entreprises excellentes évitent les engouements et les mouvements à la mode, tout en étant des précurseurs dans l’application de techniques choisies avec rigueur. Elles utilisent la technologie comme un accélérateur, et non comme un déclencheur d’impulsion.

La façon dont une firme réagit au changement technologique est un bon indicateur de sa tendance à l’excellence.

 

7. Le volant et les caprices du destin

L’image du volant reflète le phénomène survenu dans les entreprises qui ont franchi le cap de l’excellence. Que les résultats soient visibles ou non, les mutations vers l’excellence ne se sont jamais produites du jour au lendemain. Il n’y a eu ni action décisive, ni projet grandiose, ni innovation radicale, aucun coup de chance, aucune révolution. Il a fallu un processus très lent (étape par étape, action après action, décision après décision, tour de volant après tour de volant) pour obtenir des résultats exceptionnels durables.

Les transformations durables suivent un schéma préétabli de rassemblement suivi d’une percée. Comme pousser sur un énorme volant très pesant, cela réclame un effort initial considérable, mais une poussée constante et cohérente qui dure assez longtemps finit par permettre au volant de prendre son élan, puis d’atteindre la percée.

Une monumentale conclusion ressort du l’étude : n’importe quelle entreprise, peut spectaculairement améliorer sa taille et ses résultats, peut-être même passer au stade de l’excellence, si elle applique consciencieusement le canevas mis au jour.

« Le bien nuit à l'excellence. C'est la raison pour laquelle l'excellence est une denrée si rare. » Page 1

De la performance à l'excellence est un livre disponible dans la collection Nouveaux Horizons. Vous pouvez donc l’acheter à prix réduit dans les librairies partenaires si vous êtes à Haïti ou en Afrique francophone. Prix de mon exemplaire à Abidjan en Côte d’Ivoire : 4800 F CFA (7,32 €) - les prix varient d’une librairie à une autre.

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